Installées au cœur de la friche artistique de la Morinerie près de Tours, Mélaine Lanoë et Marie-Laure Besson réalisent des mosaïques à quatre mains. Associées sous le nom d’EMAAA, elles exercent leur art depuis 2015 au sein de l’AlterBative.

Le creuset italien

Alors qu’elles ne se connaissent pas encore, Mélaine et Marie-Laure suivent toutes les deux des études en histoire de l’art à Lyon et à Poitiers. C’est au cours d’un voyage en Turquie que Mélaine tombe sous le charme de la mosaïque. La visite de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul marque sa rencontre avec cet art. C’est décidé, elle sera mosaïste.

Emaaa, mosaistes d'art

Mélaine Lanoë et Marie-Laure Besson

Initié dans le cadre d’un CAP à Marseille, elle rejoint la prestigieuse école de mosaïstes du Frioul dans le nord de l’Italie. “C’est là que nous nous sommes rencontrées en 2001” explique Marie-Laure qui a délaissé ses études d’histoire de l’art pour un métier manuel. “Je ne voulais pas continuer à nourrir l’intellect uniquement, il me manquait la pratique réelle d’une discipline artistique. J’ai d’abord rencontré une mosaïste dans la Drôme qui m’a initié à la mosaïque puis j’ai moi aussi rejoint l’école de mosaïstes du Frioul.”

Installée dans la région du Frioul, dans le nord est de l’Italie, l’Ecole de mosaïstes apparaît comme l’un des centres renommés de l’Union Européenne. Fondée en 1922, elle s’appuie sur une longue tradition de l’artisanat d’Art. Elle forme au métier de mosaïste en alternant phases pratiques en atelier et phases théoriques pour compléter les connaissances du mosaïste (dessins, couleurs, matériaux, technologie).

S’installer et exercer le métier de mosaïste

Après trois années d’école, fortes de leur titre de maître-mosaïste, Mélaine et Marie-Laure s’installent à leur compte, respectivement à Saint-Etienne et à Poitiers. “Très vite je me suis déplacée pour vivre à proximité des chantiers auxquels je participais” raconte Marie-Laure qui intervient sur le chantier de restauration de la Basilique du Rosaire à Lourdes puis sur celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

Par intermittence nous nous sommes retrouvées sur ces deux chantiers, continue Mélaine et en 2006 nous avons créé un collectif de mosaïstes avec d’autres anciens élèves de l’école”. C’est ainsi que le collectif Mosaïzm voit le jour. Il leur permettra essentiellement d’organiser des expositions et de valoriser la dimension artistique de leurs travaux.

Après le chantier de Marseille, Marie-laure s’installe à Saint-Pierre-des-Corps en 2008 dans une friche industrielle transformée en lieu d’accueil pour créateurs. Mélaine la rejoint et elles donnent naissance à EMAAA en 2015.

Restauration de la mosaïque néo-byzantine de la Basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille

La mosaïque, un métier d’artisanat d’art

Le métier de mosaïste s’inscrit dans la « branche » de l’artisanat d’art, il s’articule entre la pratique d’un savoir-faire spécifique et une démarche créative plus libre. Dans leur activité, les fondatrices d’EMAAA naviguent entre ces deux pôles : elles restaurent des mosaïques des 19 ème et 20 ème siècles, elles proposent également des créations sur-mesure ou créent leurs propres mosaïques sous forme de tableau

Lorsqu’elles restaurent, Mélaine et Marie-laure, interviennent tour à tour pour l’Etat (Monuments historiques), des sociétés d’économie mixte (Etat- Église), des co-propriétaires (entrées d’immeuble) ou des propriétaires privés qui possèdent du patrimoine en mosaïque.

En création sur commande, elles réalisent des parois murales, des crédences de cuisine ou de salle de bain et des sols.

Mais les deux associées ne veulent pas limiter leurs interventions à des chantiers ou des commandes traditionnelles. Leur souhait de repousser les frontières peut les conduire à créer des décors pour des commerces privés (restaurant, boutique) ou des enseignes. Elles souhaitent également employer leur savoir-faire à l’animation de façades ou encore associer la mosaïque au végétal dans le cadre d’aménagement extérieur (terrasse, jardin).

mosaïque d'art

Par ailleurs, EMAAA dispense des formations. Elles transmettent leurs connaissances et leur expérience lors de stages à l’atelier ou pour des associations de mosaïstes amateurs. Elles interviennent également dans des établissements publics pour animer des ateliers auprès des jeunes (CFA, lycée pro, école).

Le choix de la coopérative

En 2015, alors qu’elles viennent d’obtenir la prestigieuse distinction de Meilleur Ouvrier de France dans la catégorie Mosaïque d’Art, elles découvrent l’AlterBative sur internet en recherchant des coopératives du bâtiment. “ Notre souhait à l’époque était de s’associer à trois avec un autre collaborateur. S’installer à 3 en SARL nous faisait peur pour la répartition de la gestion de l’établissement (peur du déséquilibre de cette répartition, des frustrations, des conflits…)”.

“Nous souhaitions également rejoindre une structure qui ait du sens. L’AlterBative présentait des valeurs écologiques, promotrice d’une économie socialement juste et équitable et qui soutient des comportements commerciaux vertueux auxquels nous étions sensibles”

L’AlterBative – Que vous apporte le statut d’Entrepreneures-salariées ?

EMAAA – Ce statut présente de nombreux avantages pour EMAAA :

  • Il nous apporte des avantages sociaux (congès payés, cotisations chômage),
  • Un ensemble de procédures mises en place par la structure, à suivre de façon « automatique » avec des échéances régulières.
  • La garantie d’être en conformité avec la législation en vigueur, et d’éviter des erreurs.
  • Une aide juridique en cas de litige.
  • Des réponses aux questions qu’on peut se poser tout au long de l’activité, d’ordre social, administratif, juridique, d’assurance…
  • Un accès aux formations selon les besoins.
  • Du temps ménagé pour prendre du recul sur l’activité avec un regard extérieur.
  • Un rappel sur les procédures de sécurité.

L’AlterBative – Que diriez-vous à quelqu’un qui souhaite rejoindre l’AlterBative ?

EMAAA –Qu’il faut accepter et s’habituer à être polyvalent, la structure accompagne mais ne se substitue pas à nos obligations. Il faut penser à mener de front la communication, la prospection, l’établissement des devis… Les chantiers, c’est juste une partie. On est entrepreneur avant d’être salarié, on est responsable du développement de sa propre activité”

“Il faut savoir s’organiser pour faire front à tous ces aspects de façon régulière et systématique. Ne pas hésiter à demander conseil, s’inspirer des autres, échanger sur les pratiques, aller à la rencontre des autres, être ouvert” .