Depuis le mois de mars 2018, l’AlterBative compte un murailler en pierre sèche parmi ses entrepreneurs. Ce métier classé métier d’art rare depuis 2010 correspond à un savoir-faire qui devrait être inscrit prochainement au label patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Vincent Boutteaud nous le présente avec passion.

Vincent, comment as-tu découvert le métier de murailler ?

J’ai découvert le travail de la pierre il y a dix ans, lors de la rénovation de notre maison ancienne, aidé par un artisan maçon à la retraite. Je me suis mis en tête de démonter un muret de pierre sèche écroulé au fond du jardin, avec l’idée de le reconstruire un jour. Le tas de pierre est bien resté 5 ans en place -j’étais un peu effrayé par la tâche-  avant que je n’entende parler des ateliers thérapeutiques du Tremplin. Des patients de l’hôpital psychiatrique de Niort, constitués en équipes et aidés de leurs infirmiers, travaillent le bois, le métal, sont peintres en bâtiments, jardiniers ou… Muraillers, c’est à dire bâtisseurs de murs  en pierre sèche, sans adjonction de mortier.

 

Les gens du  Tremplin sont venus  chez moi au printemps 2014 me montrer leur « coup de main », le temps de monter 2 rangs de pierres. J’ai poursuivi leur travail quelques jours et me suis rendu compte que le travail, bien que physique, avait un pouvoir relaxant et effectivement thérapeutique, avec à la clef la satisfaction d’avoir réalisé un ouvrage esthétique.

 

J’ai entamé, début 2016, une reconversion professionnelle en faisant de petits chantiers de réfection de murs chez des particuliers. Ayant suivi un stage d’initiation « calcaire » en Cévennes,  je me suis lancé dans l’animation d’un chantier participatif de reconstruction de murets avec le centre socio-culturel du quartier de Souché à Niort (souche.csc79.org ou https://colibris79.fr/evenement/apprenez-a-restaurez-un-mur-pierre-seches-a-niort-20180904/) en 2016 et 2017 au printemps et à l’automne.
Le passage d’un certificat de qualification professionnel en 2017 au centre de formation des ABPS (www.pierreseche.fr/abps/), m’a donné la capacité professionnelle pour « tester » une création d’entreprise au sein de l’Alterbative en mars 2018.

 

Pour décrire brièvement mon parcours professionnel, après un BTS « cultures marines » et divers stages à l’étranger en ostréiculture (des cailloux vivants !) et élevage d’écrevisses, après une période de petits  boulots,  j’ai été durant 5 ans animateur-salarié d’une association Deux-sévrienne de protection de l’eau (APIEEE), puis ouvrier agricole en polyculture-élevage bio et palefrenier pendant 7 ans.

 

L’agriculture est un domaine vaste et passionnant, exigeant à tous points de vue. Bien qu’ayant grandi dans une ferme, je n’avais pas assez conscience qu’il fallait saison après saison, dans chaque pré, chaque champ, « sur le métier remettre son ouvrage ». Le premier mur que j’ai remonté m’a donné le sentiment qu’il serait en place pour un bon moment. J’étais prêt à expérimenter le métier de murailler.

 

La pierre sèche est une « technologie  basse énergie » qui accompagne l’élevage et le travail de la terre depuis leurs débuts au néolithique. Aujourd’hui encore, si vous recherchez du travail en zone rurale, vous avez de bonnes chances d’agripper le manche d’une fourche ou celui d’un marteau.
J’essaie d’avoir au quotidien le plus grand respect pour le « vivant », les murets hébergent tout un cortège d’espèces, j’y aménage, quand je peux, des gîtes à hérissons où à couleuvres.