Fermes, chevrons et pannes forment leur terrain de jeux. Avec Boiseum pour nom évocateur, Julien Hermouet et Guillaume Penin ont fait du bois la matière première de leurs convictions. Et si les deux charpentiers-menuisiers évoluent souvent au dessus de nos têtes, ils construisent leur projet à la hauteur des autres.

Lorsqu’il a 23 ans, après un parcours dans la gestion de projet culturel et social, alors qu’il cherche sa voie, Guillaume a l’occasion de travailler avec un ancien architecte devenu facteur d’accordéon. Une expérience qui résonne avec ses rêves d’enfant et le conduit à découvrir et apprécier le travail du bois.

“j’ai toujours adoré le film Robin des bois avec Kevin Costner. Notamment quand ils construisent un village en bois dans les arbres. Et en même temps j’avais envie d’être “inventeur” quand j’étais môme. Je me bricolais des épées, des fusils et toutes sortes de jeux en bois.”

En 2013, il décide de se former et se lance dans un CAP Charpentier. Puis il alterne projets associatifs et contrats en entreprise jusqu’à modeler son projet professionnel : “une activité à plusieurs, gérée par nous-même avec des valeurs fortes d’écologie, de bienveillance des autres et de soi-même et du temps pour réfléchir et s’inventer les outils et les méthodes nécessaires”.

De son parcours, Guillaume façonnera également sa vision du travail : “Si tu t’embêtes à faire un truc, c’est qu’il ne faut pas le faire… ou plutôt que tu n’as pas la bonne méthode”. Il me semblait important d’avoir un savoir-faire utile et gratifiant, à mettre au service des autres, à échanger.”

De son côté, Julien va nourrir des aspirations similaires. “Un peu par défaut, je me suis retrouvé en BTS de Management et marketing, suivi d’une licence de commerce en instruments de musique. Mon idée première était de travailler dans un petit magasin d’instruments, une manière d’évoluer dans la musique sans être directement musicien pro. Je ne me suis jamais vraiment reconnu dans ces études, et surtout dans l’éthique (ou plutôt le manque d’éthique) du système commercial qu’on nous enseignait.”

Après trois ans de stages qui le déçoivent, Julien décide de partir en voyage à la découverte de nouvelles façons de penser et pour s’émanciper d’un mode de vie qui ne lui correspond pas.

“Après plusieurs années à me balader de droite à gauche, j’ai fini par avoir envie de me mettre à l’essai dans des pratiques de vie alternative. J’ai découvert le travail du bois alors que je construisais ma yourte dans les ateliers de la Frênaie, dans le marais poitevin. J’ai passé un moment à fabriquer des meubles et des bricoles en autodidacte et finalement une possibilité de formation en menuiserie s’est offerte à moi.”

C’est lors de son année de formation au GRETA de Poitiers qu’il rencontre Guillaume. Nous sommes allé leur rendre visite pour en savoir plus sur leur projet.

Julien, Guillaume, vous vous êtes donc rencontré dans le cadre de votre formation ?

“Oui, c’est là que nous avons commencé à élaborer les bases de ce qui allait devenir notre modèle économique. Finalement, au terme de la formation, nous avons décidé de nous associer et de rejoindre l’Alterbative qui correspondait à nos attentes aussi bien en termes économiques que sociaux et environnementaux.”

“L’entrepreneuriat en coopérative répondait également à notre volonté de s’émanciper du travail subordonné en conduisant notre propre activité. Nous essayons avant tout de concilier les critères de qualité de vie et de confort de travail avec l’idée qu’en travaillant sans pression, on produit un résultat de bien meilleure qualité.”

En quoi consiste votre activité à l’AlterBative aujourd’hui ?

Nous proposons nos services dans la construction bois. De la charpente à la menuiserie. Nous pouvons réaliser des terrasses, des pergolas, du mobilier, de l’agencement intérieur, des ossatures…

On essaye de trouver un équilibre entre produits biosourcés, zone géographique, techniques efficientes (peu de déchets, réflexion sur la consommation d’énergie), temps partiel (environ 60%), fournisseurs “éthico-compatible” et météo…. Tout en gardant du plaisir à exercer notre activité et en atteignant une stabilité économique. C’est un beau challenge qui pour l’instant, s’annonce prometteur.

Quelle est votre zone d’intervention ?

Disons 30 min autour de Poitiers. Au delà, on pense que d’autres artisans plus proches doivent pouvoir faire le même travail sans engager des coûts financiers et écologiques (carburant). Et bien-sûr on gagne du temps en tant qu’artisan.

Depuis combien de temps travaillez-vous au sein de l’AlterBative ?

Guillaume : Nous avons rejoint l’alterbative au mois de juin cette année (2019). Nous avons tous les deux découvert la coopérative grâce à des personnes différentes. L’un des fondateurs est un ami.

Julien : Pour ma part j’ai connu l’AlterBative grâce à Adrien Watel de La Marotte, actuellement salarié de la CAE.

Que vous apporte le statut d’Entrepreneur-Salariés ? Quels sont selon vous les principaux avantages ?

Nous sommes encore en contrat CAPE, mais nous avons hâte de pouvoir profiter des droits sociaux (congés payés, droits à la formation, mutuelles), des salaires réguliers, et de l’appui administratif que présente le statut d’entrepreneur-salarié… Et nous profitons déjà pleinement de pouvoir choisir notre rythme, nos chantiers, nos clients, nos méthodes, nos outils, notre atelier…

Avez-vous déjà réalisé des chantiers avec d’autres entrepreneurs de la coopérative ?

Nous avons fait intervenir des maçons : Patrimoine Innovation, pour les fondations d’une terrasse. Et nous devrions prochainement travailler avec Laurent d’Ecodemeure sur une isolation par l’extérieur.

C’est très clairement intéressant tant au niveau relationnel que technique ou encore au niveau du partage du réseau des clients

Parmi la grande diversité de vos chantiers, vous avez récemment réalisé une charpente à la Philibert De l’Orme. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? 

Ce chantier rentre dans le projet d’une maison qui est en cours de rénovation en éco construction (charpente à l’ancienne, isolation terre paille, toit terrasse végétalisé…). Il s’agit d’un chantier participatif au sein de l’association La Gibbeuse, à Poitiers.

Le chantier de la charpente inspiré par Philibert Delorme ne pouvait pas être réalisé par des bénévoles non professionnels. On nous a donc sollicité pour fabriquer cette charpente et donner des conseils sur le montage. Nous sommes venus sur notre temps libre à quelques moments pour guider le chantier.

L’objectif était de remplacer l’ancienne charpente en fibrociment et laine de verre par une nouvelle charpente plus saine, plus écologique et permettant de gagner de la hauteur en bas de pente.

La charpente de Philibert Delorme étant constituée de plusieurs arches en demi-cercles, elle commence quasiment droite au début. Elle permet donc de gagner de la hauteur. Elle présente un avantage majeur. En fonctionnant sur un système de “clefs de voûte” un peu comme les arches d’église en pierre, elle encaisse les effort en compression et ne nécessite pas de pièces qui traversent habituellement la maison de façade à façade (l’entrait).

Elle libère donc complètement l’espace. Dans notre cas, le rayon étant de 2,30 en intérieur, elle permet en étant posé sur des murs d’1m50 de haut d’intégrer une mezzanine dans le volume.

Le principe de Philibert Delorme consistait aussi à “construire à petit fraiz” en utilisant des petites pièces uniquement, à une époque ou les chantiers navals avaient épuisé les ressources en bois.

Nous n’avons pas tout à fait le même contexte forestier qu’à l’époque et nous n’avons pas de mal à trouver des grandes pièces de bois. Mais le principe des petites pièces nous a été bien utile pour descendre les 15 arches et les centaines de pièces complémentaires dans un terrain en coteau, avec la falaise d’un côté et 5 m de vide de l’autre.

Pour en savoir plus sur Philibert_Delorme