Si le bois est depuis toujours son matériaux de prédilection, Manuel Ilié, menuisier et ébéniste à La Rochelle a expérimenté d’autres disciplines pour conforter ce choix. Pour donner corps à ses ouvrages, il a rejoint l’Alterbative en 2018 sur les conseils d’un ami.

Bonjour Manuel, depuis combien de temps travailles-tu le bois ?

Je travaille officiellement avec le bois depuis 2006 où j’ai suivi un CAP ébénisterie en apprentissage chez Jérôme Théveny, un véritable ébéniste installé à Bagnolet (93). Cet ébéniste est aujourd’hui le directeur de La bonne graine, l’école d’ameublement de Paris. ou où j’ai débuté.

Par la suite, j’ai travaillé 2 ans chez un luthier de renom à Cognac. Maurice Dupont est une référence dans le monde de la musique (voir vidéo en bas de page). Il conçoit et fabrique toutes sortes de guitares et d’instruments. De grands musiciens font appel à son savoir-faire. Il y avait dans cette entreprise beaucoup de personnes très qualifiées. J’y ai appris la précision, la rigueur et la rapidité d’exécution. J’y ai également appris le bois sous beaucoup de formes et de façons de le travailler.

Au sortir de ces formations j’ai travaillé en intérim, en CDD et CDI dans différentes entreprises de menuiserie entre Cognac et La Rochelle. Cependant, à l’époque, je ne trouvais pas encore ma place dans ce métier et j’ai eu l’envie de voir autre chose alors j’ai essayé d’autres disciplines. J’ai passé un CAP d’électricité puis un autre en climatisation. 

J’ai travaillé dans ces deux métiers pendant 2 ans jusqu’en 2016 où j’ai tout arrêté car cela ne me passionnait pas, il me manquait quelque chose…

Ce quelque chose, c’était le bois ?

Oui, et l’envie d’entreprendre ! Je me suis mis à dessiner des meubles et des assemblages en tout genre. J’avais constitué un budget pour m’outiller et acheter quelques machines dans l’idée de passer du schéma au concret.

Chez un fournisseur, j’ai fait la connaissance d’un futur collègue qui m’a déconseillé d’acheter une machine, et nous avons sympathisé. Il vivait de la fabrication de meubles en palette, il n’était pas du métier mais autodidacte. Je me suis dit : alors pourquoi pas moi ?!

J’avais envie de revoir et toucher du bois, réfléchir aux possibilités de recyclage, de développement et de défi que nous avions à portée de main.

J’ai commencé par créer une petite visibilité sur internet pour me faire une idée de la demande… Tout ça a consolidé et validé mon lancement de projet. En 2017 je me suis lancé et j’ai repris la menuiserie.

En quoi consiste ton activité aujourd’hui ?

Mon activité consiste à réaliser des travaux de menuiserie et d’ébénisterie sur mesure pour mes clients. Cela se traduit par une grande diversité de services : recherche, développement, design d’intérieur, création de mobilier, agencement, découpe laser, création et pose d’escalier, de parquet, de terrasse, conception et réalisation d’ossature bois, de petite charpente, pose d’ouvertures (porte, fenêtre), cloison bois, etc.

Je travaille aussi bien pour des particuliers que pour des entreprises. Et si possible sur des projets qui consistent à travailler le bois dans sa plus belle forme.

Tu exerces essentiellement à La Rochelle ?

Mon secteur principal s’étend entre l’agglomération de La Rochelle et sur l’île de Ré, même si avec certains de mes coéquipiers, nous nous déplaçons partout où la demande est présente que ça soit en France ou à l’étranger. 

Ici je loue un emplacement à l’atelier Adéquate sasu (anciennement Établis and co) avec plusieurs artisans et ingénieurs, ce qui nous a permis de baisser les coûts dans une ambiance fertile au développement personnel et professionnel et également pour ma part de rentrer en contact avec toute une ramification de lieu et de personnes très variées sur La Rochelle.

Donc en clair plus je travaille et vis ici, plus j’y entrevois des possibilités et j’ai envie d’y rester.

Tu as rejoint notre coopérative en juillet 2018, comment as-tu découvert ce statut ? Et que t’apporte-t-il ?

J’ai découvert l’AlterBative grâce à un ancien de la structure : Jan, un ami, qui est maintenant technicien et formateur en éco-construction et en développement durable.

Je trouve que, pour commencer dans le monde de l’entreprise, être entouré par une structure est vraiment salutaire et permet d’éviter beaucoup d’erreurs et de mauvaises surprises. Cela permet de mieux appréhender le monde inconnu, pour la plupart des artisans aspirants, “des papiers”. La comptabilité,  les normes, le droit et les assurances, sont souvent les dernières choses auxquelles on pense quand l’on vient d’un travail manuel.

De plus, le fait d’être salarié grâce à sa propre trésorerie est très plaisant. Cela procure une certaine fierté.

Par ailleurs, j’ai déjà travaillé quelques fois avec des collègues de l’AlterBative.

Avec Jan, pour l’aider à finir un chantier, et avec Adrien Watel sur la pose d’une charpente. C’était très intéressant.

Que dirais-tu à quelqu’un qui souhaite se mettre à son compte ?

Je lui dirais : fonce !

Au pire, tu apprendras des choses. 

Au mieux il n’y a pas de limite à par celle que l’on se met.

En 2020, Manuel Ilié crée sa propre entreprise pour répondre à la demande croissante que connaît son activité et au besoin de recrutement de nouveaux collaborateurs. Nous lui souhaitons le meilleur dans cette nouvelle aventure.