Début mai, nous vous invitions à découvrir L’autre côté du miroir d’un chantier de transformation d’une grange en salle de spectacle. Quatre entreprises hébergées par l’AlterBative coopèrent à la réussite de ce chantier. Aux côtés de Patrimoine Innovation, de Tuyau Vert, et de Prise en Main, c’est Julien de l’atelier Boiseum qui répond aujourd’hui à nos questions.

Bonjour Julien, peux-tu nous rappeler l’objet de votre intervention sur ce chantier ?

L’association qui mène ce chantier nous a sollicité pour réaliser différents travaux.

Nous avons à charge l’isolation d’un mur en parpaing et de la toiture, la pose d’une porte de secours, ainsi que la réalisation d’un plancher facilitant la transmission des vibrations.

Comment allez-vous isoler pour répondre aux attentes environnementales, thermiques et acoustiques du projet ?

Traditionnellement, une isolation par l’intérieur se compose de trois ouvrages :

  • la création d’une doublure permettant de retenir l’isolant et d’accueillir le parement, 
  • la pose de l’isolant, 
  • et la pose du parement.

En général, le doublage est réalisé en rails métalliques de type cloison pour plaques de plâtre. Nous avons choisi de réaliser ce doublage en tasseaux de bois, car le bilan énergétique et le bilan carbone du métal sont désastreux, même en filière recyclage. En moyenne, utiliser du bois plutôt que du métal galvanisé sur un chantier de ce genre produit 10 fois moins d’émissions de CO2.

Pour l’isolant, nous avons choisi d’utiliser de la chènevotte. C’est de la fibre de chanvre broyée. Elle est produite par l’entreprise Le Chanvre Mellois, située à Melleran dans les Deux-Sèvres. Il s’agit d’une filière locale, dont l’émission de CO2 et la consommation d’énergie sont très faibles. Le matériau est très simple à mettre en œuvre, non polluant, 100 % recyclable, ne nécessite aucun traitement, et confère des caractéristiques isolantes très proches d’autres isolants industriels issus de l’industrie pétrochimique.

Côté parement, nous ne pouvions pas nous orienter sur du bois compte tenu des besoins de la salle en termes de réaction au feu des surfaces. Pour mettre du bois, nous aurions dû choisir des produits ignifugés, donc traités, et très onéreux, ce qui sortait du budget.

Nous avons donc choisi de poser du Fermacell, un produit issu de matériaux naturels, le gypse et la cellulose : de la roche et du papier broyé, compressés et liés ensemble par de l’eau. Rien de plus.

C’est un produit permettant d’obtenir de bonnes caractéristiques isolantes d’un point de vue phonique, ainsi qu’une protection au feu adéquate, tout en restant accessible financièrement.

Afin de réduire le budget global, les clients ont décidé d’assurer la mise en œuvre du parement. Nous avons convenu avec eux d’un temps de formation durant lequel nous leur avons appris à le poser.

Quelle solution avez-vous retenu pour l’isolation du plafond ?

Pour le plafond, nous avons choisi le même procédé de fixation. L’isolant est retenu par une structure en bois, reprise directement sur la charpente existante qui était largement sur-dimensionnée et permettait donc d’accueillir une charge supplémentaire suffisante.

Nous avons choisi d’utiliser de la laine de bois en panneau. C’est un matériau issu du broyage du bois, un peu moins bon en termes de bilan carbone car sa conception demande tout de même pas mal d’énergie. Mais il est toujours bien meilleur que les matériaux produits par les filières traditionnelles de la laine de verre ou du polystyrène. De plus, la densité de la laine de bois permet d’améliorer le déphasage, c’est-à-dire d’améliorer le confort d’été en retardant les entrées de chaleur dans le bâtiment.

Là encore, pour économiser, les clients ont décidé de prendre en charge la pose de l’isolant, et nous les avons accompagné pendant une demi-journée afin de leur expliquer le procédé.

Nous reviendrons ensuite poser la membrane frein vapeur, qui a pour double rôle d’assurer l’étanchéité à l’air, et d’empêcher la vapeur d’eau de se stocker dans l’isolant.

Nous préférons assurer cette étape car elle est plus technique et demande une rigueur que nous ne souhaitons pas déléguer.

Le parement du plafond sera lui aussi en Fermacell, posé par le client.

Le plancher est censé faciliter la transmission des vibrations. Comment allez-vous vous y prendre ?

Concernant le plancher, nous allons mettre en place un lambourdage sur la dalle existante, et poser de grandes plaques de contreplaqué de pin maritime, fabriquées dans les Landes. Nous choisissons de laisser l’espace entre les lambourdes vides, afin de créer une caisse de résonance et de faciliter le transfert des vibrations.

Selon le principe des tables d’harmonies (de guitare par exemple), moins le bois est dense, et plus il est fin, plus les basses fréquences seront transmises. C’est ce que nous recherchons à obtenir pour un public sourd et malentendant. La vibration des basses est plus facilement perceptible. Nous espérons reproduire ce phénomène à l’échelle d’un plancher, mais il est vrai que nous avançons en pleine expérimentation.

Il sera bientôt possible d’apprécier le résultat de ce travail d’innovation. Le chantier qui a débuté mi-mars devrait prendre fin en juillet pour une inauguration de la salle de spectacle prévue en septembre. À suivre…