Et si les réponses à la rénovation du bâti ancien se trouvaient dans le passé ? Avec Patrimoine Innovation, Vincent Brémond et Guillaume Salin ont créé leur activité dans la maçonnerie du bâti ancien. Ils emploient des techniques séculaires et des matériaux naturels au service de l’intégrité architecturale et locale du bâtiment. Rencontre avec deux entrepreneurs qui conjuguent au présent les savoir-faire du passé.

L’humain avant l’argent et le travail de qualité

Après des études d’histoire et d’histoire de l’art à l’Université de Poitiers et de Rennes, Vincent débute sa carrière professionnelle en tant qu’archéologue spécialisé dans les techniques de construction. Avec de nombreux chantiers de fouilles à son actif en France et à l’étranger, en 2015, face à un marché du travail en berne dans son domaine, il engage une reconversion afin de donner un sens plus concret à son parcours.

Il découvre la filière maçonnerie du bâti ancien du centre AFPA de Saint-Malo. “J’y ai vu, une opportunité, une véritable continuité avec l’archéologie. Après cela, j’ai travaillé deux ans dans une entreprise de rénovation en Bretagne (Lepage Rénovation) puis deux autres années chez Art de Bâtir dans la Vienne où je me suis réellement spécialisé dans la pierre.”

Guillaume a 15 ans lorsqu’un tailleur de pierre lui transmet sa passion. “Dès que cela a été possible j’ai commencé un apprentissage dans la maçonnerie, avec une entreprise qui travaille dans le bâti ancien et le CFA de l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir du Tour de France.”  Puis il démarre son tour de France :  “La première année il m’ont poussé a travaillé dans le neuf (parpaing, béton), ce qui m’a permis de me former de ce côté là mais m’a aussi conforté dans le choix de me spécialiser dans le bâti ancien.”

Ces six années de Tour de France, forment Guillaume qui évolue désormais en tant que chef d’équipe et lui permettent d’accéder à de prestigieux chantiers de rénovation d’églises, de grandes maisons bourgeoises et d’hôtels particuliers.

De part et d’autre, Vincent et Guillaume partagent l’envie de créer leurs activités. Leur rencontre va concrétiser ce souhait et les conduit vers une aventure entrepreneuriale aux valeurs communes :  l’humain avant l’argent et le travail de qualité.

Vincent, Guillaume, en quoi consiste votre activité ? Et où exercez-vous  ?

Notre activité consiste avant tout à réhabiliter le bâtiment ancien en respectant son intégrité architecturale et locale. Pour y parvenir nous mettons en œuvre des techniques anciennes et des matériaux naturels et locaux. Nos objectifs étant de travailler dans le bâti ancien et dans le même temps d’approfondir nos connaissances dans l’isolation écologique.

Notre dépôt se situe dans le sud Vienne, nous souhaitons intervenir dans un rayon de 50 km aux alentours.

Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre l’AlterBative ?

Nous travaillons au sein de l’AlterBative depuis le premier avril 2019. Nous avons découvert la coopérative en passant devant le chantier d’un tailleur de pierre qui y a développé son activité. Il y a toutes sortes de formes juridiques pour se lancer, et nous cherchions celle qui nous correspondait. L’Alterbative présentait des valeurs en adéquation avec les nôtres.

Que vous apporte le statut d’entrepreneur-salarié de la coopérative ? 

Le statut d’entrepreneur salarié nous apporte tous les avantages du salariat (mutuelle, chômage, formations, etc.) ainsi que la liberté de gérer notre activité comme nous l’entendons tout en étant accompagné de façon personnalisée. Rejoindre l’Alterbative nous a également permis d’intégrer un réseau d’artisans qui partagent des valeurs communes.

Nous avons d’ailleurs réalisé des chantiers avec d’autres entrepreneurs de la coopérative :

  • Avec Clotilde Garnier de La Truelle Verte sur la réalisation d’un enduit lissé d’une vieille bâtisse.
  • Avec L’atelier Boiseum, sur des fondations en béton de ciment pour qu’ils puissent y poser leur terrasse en bois.

L’économie sociale et solidaire pour développer leur activité

Dans le cadre de leur développement, Guillaume et Vincent feront bientôt l’acquisition d’un échafaudage. Afin de financer cet achat, ils se sont tournés vers les Cigales, un Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire. Au cœur de l’activité économique des territoires, formés de petits épargnants, les Clubs Cigales développent des pratiques alternatives et solidaires de financement de proximité.

Après avoir découvert le projet de Guillaume et Vincent grâce à l’Association Régionale des Cigales Nouvelles Aquitaine (présente au sein du capital de l’Alterbative), trois de ces clubs : La Germoire à Ruffec, Thunes éthiques à Angoulême et Le lien probable à Lencloître, ont fait le choix d’accompagner Patrimoine Innovation dans leur investissement. Avec ce dispositif d’épargne solidaire, Guillaume et Vincent vont accéder à un crédit sur 5 ans à taux 0. 

Laurent Chivot, Trésorier du club Cigales Le Lien probable nous explique ce qui a aiguillé leur choix : “nous avions la possibilité de ce cofinancement à plusieurs Cigales, puis il y avait l’aspect Coopératif et le regroupement économique solidaire lié à l’hébergement au sein d’une Coopérative d’Activités et d’Emploi, un aspect professionnel avec le potentiel très intéressant dans leur domaine d’activité, et bien sûr l’aspect humain qui repose sur les personnalités, la motivation et le parcours des deux entrepreneurs.”

Laurent Chivot, Jérôme Mardon, Guillaume Salin et Vincent Brémond lors de la signature du crédit financé par le club Cigales