Depuis quelques mois maintenant, les pénuries de matériaux impactent les métiers du bâtiment. Les problèmes d’approvisionnement de certaines matières premières, notamment le bois, entraînent des retards sur de nombreux chantiers et font considérablement augmenter les prix. En cause : la reprise rapide de la demande globale par rapport à l’offre. Face à la permanence du problème, les artisans de l’AlterBative cherchent des solutions.

Un impact notable

Notre coopérative et plus particulièrement nos artisans qui travaillent le bois (charpentier, constructeur bois, menuisier) subissent les méfaits de la hausse des prix des matières premières depuis le début de l’année. Alors que le phénomène semble s’installer, les conséquences se font ressentir jusque sur le prix final des ouvrages réalisés.

Guillaume Penin (Boiseum) dont l’activité est impactée en fait le constat : “Pour nos structures bois nous utilisons principalement du Douglas et nous avons l’habitude d’utiliser de la laine de bois ou de chanvre en panneau. Ces éléments subissent la tension actuelle.”

Stéphane, plombier et chauffagiste connaît la même problématique : “Les prix des métaux ont considérablement augmenté ce printemps. Ce marché est très volatile depuis des décennies. Vu que les ressources sont limitées et vu les évolutions récentes, j’ai bien peur que les prix grimpent encore et encore”.

Si tous s’accordent à constater une augmentation des coûts des matériaux, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui souffre de la pénurie. Pour Jérôme Mardon, charpentier et constructeur bois, la répercussion se fait ressentir à tous les niveaux de son entreprise : “délai de livraison, erreurs de livraison, complication de la relation commerciale avec les clients, tensions, hausse des prix et baisse de la marge, stress lié à l’organisation des chantiers”

De très longs délais

Après plusieurs mois de crise, les délais d’approvisionnement pour certains matériaux sont démultipliés. “Alors que j’étais livré sous une semaine à un mois auparavant, il faut tabler sur des délais qui s’échelonnent entre 2 et 6 mois” explique Baptiste Mareschal, constructeur ossature bois. Idem pour ses collègues charpentiers avec parfois, à la clé, des indisponibilités totales chez certains fournisseurs.

Le problème des devis signés

Pour les artisans de l’AlterBative, les chantiers chiffrés et vendus quelques mois plus tôt sont particulièrement sensibles car le coût des matériaux a été chiffré avec les tarifs de l’époque. Lorsque le prix des chantiers s’envole, les artisans font face à l’incompréhension de certains clients.

Pour anticiper les tensions certains comme Baptiste prévoient “une marge conséquente dans le devis pour éviter les surprises. Cette marge pourra être remboursée si l’augmentation est moindre.” D’autres orientent leur réflexion au niveau des matériaux. C’est le cas de Jérôme : “Je ne suis à ce jour affecté que pour un gros chantier pour lequel j’ai dû modifier le choix des matières premières par manque de disponibilité et de par le coût afin que mon chantier reste rentable.”

Des solutions limitées et insatisfaisantes

À l’échelle de notre coopérative et de ses artisans, les solutions restent très limitées.

“Il y a évidemment l’option de se surprotéger et de faire endosser le maximum de risque financier possible au client mais c’est une solution très insatisfaisante car elle manque de justesse.” explique Jérôme qui ajoute “une autre possibilité, difficile mais inspirante est d’utiliser cette période pour explorer d’autres manières de faire et d’autres sources d’approvisionnement plus locales et donc moins sujettes aux aléas commerciaux de la filière industrielle du bois.”

C’est l’option explorée par les constructeurs de Boiseum : “Changer de matériaux. Passer sur du bois plus local ou moins dépendant de l’industrie et de tout le problème sous-jacent. C’est de toute manière une démarche que nous voulions aboutir”.

Mais l’approvisionnement en circuit-court ou en local présente d’autres problématiques : “revoir la filière d’approvisionnement implique de relocaliser, avec des acteurs locaux moins spéculatifs, et du coup des matériaux moins transformés, ce qui induit des changements de techniques constructives” explique Baptiste.

Pour Stéphane, le changement de produit implique encore d’autres critères : “Changer le produit ne se fait pas toujours facilement. Il faut que la nouvelle solution soit assurée et conforme aux règles professionnelles”.

La Fédération des distributeurs de matériaux de construction croit en la capacité du secteur à s’organiser face à de nouveaux confinements, elle s’inquiète en revanche de l’entrée en vigueur de la responsabilité élargie du producteur (REP) Produits et matériaux de construction, ainsi que de la réglementation environnementale 2020 (RE2020) qui pourrait encore toucher les distributeurs.

De son côté, La CAPEB, le syndicat patronal représentant l’artisanat du bâtiment, a diffusé une lettre ouverte à l’attention des clients des entreprises du bâtiment de la Vienne. À travers cette démarche, elle entend apaiser les tensions et renouer avec un dialogue serein entre les professionnels et leurs clients au bénéfice de tous.