Baptiste Mareschal exerce son activité de charpentier et constructeur bois à l’Alterbative sous le nom de Wood Avenir depuis décembre 2019. Soucieux de l’impact de ses interventions, cet éco-constructeur convaincu développe des solutions les plus respectueuses possible de l’environnement. Cet objectif d’écoconception est le fil conducteur d’un projet d’habitat singulier qu’il vient d’accompagner dans la Vienne : une construction à mi-chemin entre l’ossature bois et la yourte.

Bonjour Baptiste, peux-tu nous présenter ce chantier qui sort de l’ordinaire ?

Julie, une amie cherchait à acquérir un habitat d’occasion, plutôt léger et démontable. À ce moment-là, les yourtes d’occasion étaient plutôt rares dans la région. Elle a donc décidé de me faire confiance pour la construction d’une yourte « neuve ». Je mets “neuve” entre guillemets car Julie tenait à tout prix à faire du réemploi de matériaux.

Ce projet qui vient d’aboutir est une réplique (améliorée et adaptée au besoin de Julie) d’une construction que j’ai déjà réalisée pour moi en 2015, ce concept est un croisement entre une construction ossature bois et une yourte. Cet habitat de 50m² a la particularité d’être démontable.

Quand tu dis “nos travaux”, on comprend que le chantier a fait intervenir plusieurs compétences. Quelle a été ta partie ? Et quelles sont les compétences complémentaires ?

J’ai conçu la partie bois suivant le besoin que Julie m’a communiqué (plancher, murs et toit). Puis, j’ai fourni les plans de la charpente au couturier qui a fabriqué les toiles sur mesure. 

De son côté, Julie a commandé les toiles, l’isolation du toit ainsi que la coupole du toono. Le toono est la clé de voûte de la yourte. Elle accueille toutes les perches de la Yourte. C’est une pièce centrale qui nécessite une grande attention. J’ai reçu la coupole du toono dans mon atelier pour réaliser un toono qui soit parfaitement adapté à la coupole.

Toutes les pièces ont été fabriquées dans  mon atelier, transportées sur le lieu de montage et ensuite montées lors d’un chantier participatif d’une semaine environ. Enfin, Julie a également géré tout l’aménagement intérieur.

Comment s’est déroulé ce chantier participatif ? Qu’est ce que cela représente en termes de temps, de main d’œuvre ?

De 2 à 6 personnes ont participé chaque jour, pendant 4 jours. Nous étions contraints par la météo. Idéalement, il nous aurait fallu 6 jours pour travailler de manière plus confortable et avec moins de stress. En sachant que parfois, dans ce genre d’opérations, ce n’est pas en étant plus nombreux que l’on avance forcément plus vite.

Tu as coordonné ce chantier participatif ? 

Oui, j’ai coordonné ce chantier participatif à titre personnel et bénévole. Ce n’est pas la première fois que je coordonne des chantiers participatifs et mon passé d’encadrement d’équipe m’aide beaucoup dans cet exercice. Mais il faut quand même avoir à l’esprit qu’il faut des personnes un minimum compétentes, avec une bonne condition physique. Ce n’est pas un chantier, comme sur certain chantier participatif, où l’on apprend les bases, cela pénaliserait trop l’avancement du projet. 

Bien qu’atypique, ce projet semble s’inscrire dans une tendance de l’habitat léger, mobile, éco conçu. Est-ce que c’est un phénomène que tu observes ?

Je ne suis pas un spécialiste du marché, mais je constate quand même de gros problèmes de logement en France. Et en effet, certaines personnes sont en recherche d’un habitat simple, et plutôt mobile.

Quels sont les avantages de ce type de bâti ? Et ses inconvénients s’il y en a ? 

C’est une construction relativement grande, démontable et déplaçable. En revanche, ce n’est pas un habitat que l’on démonte tous les ans. C’est une yourte plus lourde que les yourtes traditionnelles mais plus durable je pense (mis à part la toile extérieure).

Ma conception est assez lourde parce que même si l’on ne peut pas être à 100% fidèle aux DTU (Documents Techniques Unifiés) et aux normes pour le côté démontable, j’essaie de les respecter au maximum. Cela implique des choix techniques assez conséquents, jusque dans les détails. 

Quel est le coût global d’un tel projet ? 

Le budget global de ce projet s’élève à 45 000 €, à l’époque où le bois n’avait pas subi la forte hausse de prix que nous connaissons depuis. Ce prix peut énormément varier suivant l’implication et les compétences des porteurs de projet concernées, le choix des matériaux et des finitions et le pourcentage de matériaux de réemploi. 

Julie conseille de s’y prendre bien en avance pour avoir du temps et des opportunités de récupération et pour pouvoir intégrer ces matériaux au projet. Je la rejoins sur ce point là. Au regard de la conjoncture sur les matériaux, tout gros projet se prépare et s’anticipe une année à l’avance pour éviter les déconvenues sur les délais d’approvisionnement.

Que dirais-tu à quelqu’un qui envisagerait un projet similaire à celui de Julie ?

Je dirais qu’il ne s’agit pas d’un chantier d’auto-construction mais il faut tout de même un réel investissement de la part des porteurs de projet, durant plusieurs mois. Cela représente un investissement physique pendant le montage et l’aménagement intérieur et investissement en temps à la conception du projet.